Mattias ne rêvera plus devant les camions de pompiers flambant neufs !!

Publié le par Jean-Claude Bernard

Voilà déjà quelques semaines que je n’ai pas eu le temps de reprendre « la plume ».  L’engagement tout les jours un peu plus dense dans la campagne des législatives occupe mes jours et une bonne partie de mes nuits. Mais le torpillage en règle d’une entreprise locale, CAMIVA, justifie que je prenne un peu de temps non seulement pour dénoncer la logique prédatrice du capital (c’est l’essentiel des lignes qui vont suivre) mais également  pour des raisons qui me sont toutes personnelles.

 

La première concerne mon père. Il a fini sa carrière d’Ouvrier dans cette entreprise qui s’appelait alors, les pompes GUINARD. Il y sablait les pièces métalliques. Quatre générations plus tard, c’est mon petit fils qui a des liens tout particulier avec CAMIVA : depuis qu’il s’est ouvert sur le monde, il a toujours été fasciné par les camions rouges qui sortaient de la cour de l’entreprise. Il ne les verra bientôt plus … mais que vaut l’émerveillement d’un enfant dans notre monde marchand : peanuts !!

 

Spécialisée dans l’équipement des véhicules incendie, l’entreprise s’était installée sur le site en 1970 et a compté jusqu’à 500 salariés. Filiale (depuis 1997) de Fire Fighting (maison mère en Allemagne à Ulm),sous groupe d’IVECO, lui-même sous-groupe de FIAT. Avant d’appartenir à Fiat, l’actionnaire était Renault V. I.

 

camiva 1142

Les faits: le 7 mai, convocation d’un C. E. extraordinaire. En 15 minutes, l’affaire est réglée : l’annonce est faite, cynique et brutale. 129 des 171 salariés sont licenciés. 42 se voient proposer une mutation. La production est regroupée sur un

seul site en Allemagne.

Raison invoquée : préservation de la compétitivité de Fire Fighting au profit de l’Allemagne. La vraie raison : la logique implacable du capital, l’accumulation sans fin au profit de quelques uns sur le dos des salariés.

 

Pourtant de 1988 à 2010, Camiva était bénéficiaire. Les choses changent en 2008 avec le transfert de la production à forte marge (échelles et véhicules d’aéroport) en Allemagne. Le processus de fermeture du site est sans doute dans les tuyaux dès cette époque avec en plus la fermeture du bureau d'études. En 2011, départ du directeur historique, véritable bouclier contre les logiques de rentabilité du groupe au profit d’un gestionnaire beaucoup plus docile Le chiffre d’affaires baisse alors de 50%, et pour la première fois de son histoire, son résultat net, de positif (à 1,7 million d'euros), est devenu déficitaire d'environ 2 millions d'euros.

 

La faute aux salaires ? Aux charges sociales ? NON, c’est la conséquence d’une pratique sans scrupules : une part de la production n’est plus vendue directement au client mais, par l’intermédiaire d’une filiale en Italie à « prix de transfert »

 

Cette pratique courante qui consiste à découper les entreprises : (fabrication, vente, gestion, encadrement) permet la


camiva 1144

 

 vente à perte en amont et les marges les plus juteuses ensuite là où les bénéfices sont les moins taxés : paradis fiscal comme la Suisse. Cette pratique est à l’œuvre dans tous les secteurs industriels (métallurgie, maroquinerie, chimie, etc.) Depuis une quinzaine d’années, la pratique se généralise dans les grands groupes internationaux.

En d’autres termes, les marchandises transitent (par un artifice comptable) par le biais d’un pays tiers, la plupart du temps un paradis fiscal au sens originel, c’est-à-dire où la fiscalité pour les entreprises est proche de zéro. L’intérêt est de pouvoir imputer l’essentiel de la plus-value dans ce territoire fiscalement attractif.

 

Conséquences : les bénéfices ont été faits à l’étranger, Camiva apparaît en déficit, les licenciements se justifient.

 

Intérêt sur les deux tableaux pour le patronat et les actionnaires : pression sur les salaires à la production et dividendes à 2 chiffres pour spéculer ensuite sur les marchés financiers, racheter des entreprises pour les revendre, investir dans les pays à bas coût de main-d’œuvre, enrichir la classe des nantis.

 

Et lorsque le dispositif s’épuise, pas de pitié ! Comme le dit L’économiste Arlette CHARLOT, dans le capitalisme financier, l’entreprise qui ne donne plus satisfaction aux actionnaires est condamnée à la peine de mort !

Commenter cet article